Les auxiliaires de culture protègent les récoltes, de la régulation des ravageurs à la fertilité des sols

Les auxiliaires de culture protègent les récoltes, de la régulation des ravageurs à la fertilité des sols

Les auxiliaires de culture sont des organismes vivants qui rendent des services utiles à la production agricole. Ils limitent certains ravageurs, favorisent la pollinisation et participent au fonctionnement des sols. Leur présence ne suffit pas toujours à éviter toute intervention, mais elle s’intègre pleinement à l’agroécologie et à la lutte intégrée.

Comprendre ce qui fait un auxiliaire utile à la parcelle

Au sens large, un auxiliaire est une espèce qui contribue directement ou indirectement à la qualité, à la régularité ou à la durabilité d’une production. Cette définition inclut les ennemis naturels des bioagresseurs, les insectes pollinisateurs et les organismes du sol qui participent à la nutrition des plantes ou à la décomposition de la matière organique.

Quiz : Les auxiliaires de culture

Dans un sens plus restreint, le terme désigne surtout les organismes qui régulent les populations de ravageurs agricoles, comme les pucerons, les chenilles, les limaces ou certains acariens. On parle alors d’ennemis naturels. Leur action repose sur plusieurs relations écologiques : prédation, parasitisme, compétition ou infection. Certains microorganismes peuvent également provoquer la mort de bioagresseurs.

L’objectif n’est pas de compter chaque individu séparément, mais de maintenir un système agricole où ces équilibres peuvent s’installer. Une parcelle entourée d’habitats variés, offrant des ressources alimentaires et peu exposée aux traitements non sélectifs, donne davantage de possibilités à la régulation naturelle. La diversité des milieux proches compte donc autant que la présence d’auxiliaires dans la culture elle-même.

Prédateurs, parasitoïdes, pollinisateurs : des rôles à ne pas confondre

Les prédateurs consomment leurs proies

Les prédateurs capturent et mangent plusieurs proies au cours de leur vie. Les coccinelles, dont les larves sont particulièrement actives sur les pucerons, les larves de syrphes, les chrysopes, les carabes et les araignées appartiennent à cette catégorie. Les carabes chassent notamment au sol, où ils participent à la régulation de diverses petites proies et de certains ravageurs. Le groupe est très diversifié : la France compte plus de 1 000 espèces de carabes, contre environ 40 000 dans le monde.

Illustration des auxiliaires de culture et de leurs rôles dans une parcelle agricole
Illustration des auxiliaires de culture et de leurs rôles dans une parcelle agricole

Les parasitoïdes utilisent un hôte pour se développer

Les parasitoïdes, souvent de petits hyménoptères, ont un fonctionnement différent. La femelle pond sur ou dans un hôte, puis la larve se développe à ses dépens jusqu’à provoquer sa mort. Un parasitoïde n’est donc pas un prédateur miniature. Cette distinction aide à interpréter les observations : la disparition progressive d’un ravageur peut résulter d’un parasitisme, même lorsqu’aucune scène de chasse n’est visible.

Les adultes ont fréquemment besoin de nectar et de pollen. Des fleurs accessibles à proximité des cultures peuvent donc soutenir leur activité et leur reproduction. La présence de ressources florales est particulièrement utile lorsque les ravageurs sont peu nombreux ou lorsque les parasitoïdes recherchent un complément alimentaire.

Les autres auxiliaires agissent sur la reproduction et le sol

Les insectes pollinisateurs facilitent la fécondation de nombreuses plantes cultivées en transportant le pollen. Dans le sol, les mycorhizes établissent une symbiose avec les racines et peuvent améliorer l’absorption des nutriments. Les rhizobiums, associés aux légumineuses, rendent l’azote atmosphérique disponible pour la plante. Les décomposeurs, les bactéries et les champignons transforment aussi la matière organique et participent à la fertilité des sols.

Groupe Exemples Action principale Milieux favorables
Prédateurs Coccinelles, syrphes, chrysopes, carabes, araignées Consomment des ravageurs ou leurs œufs Bandes enherbées, couvert végétal, abris au sol
Parasitoïdes Hyménoptères parasitoïdes Se développent aux dépens d’un hôte Ressources florales, haies, lisières
Pollinisateurs Insectes pollinisateurs Favorisent la fécondation des plantes Floraisons étalées, zones non traitées
Organismes du sol Mycorhizes, rhizobiums, décomposeurs Nutrition végétale et recyclage de la matière organique Sol couvert, vivant et peu perturbé

Observer les auxiliaires avant de décider d’intervenir

Identifier les auxiliaires commence par une observation régulière, réalisée à un moment comparable de la journée et dans plusieurs zones de la parcelle. Il faut examiner le feuillage, le revers des feuilles, les tiges, le sol et les bordures. L’objectif est de repérer à la fois le ravageur, les dégâts et les organismes qui lui sont associés.

Une colonie de pucerons accompagnée de larves de coccinelles ou de syrphes ne se gère pas comme une colonie isolée. Dans le premier cas, les auxiliaires présents peuvent contribuer à réduire la population. L’observation doit toutefois se poursuivre pour suivre l’évolution de la situation et vérifier si la régulation progresse.

  • Examiner les bordures, les haies, les bandes fleuries et les bandes enherbées, qui servent souvent de refuges.
  • Observer les cultures à plusieurs dates plutôt que lors d’un seul passage.
  • Noter les ravageurs présents, leur stade de développement et les auxiliaires observés.
  • Repérer les fleurs disponibles, les zones de sol nu, les résidus végétaux et les abris.
  • Raisonner un traitement selon la pression réelle et le risque pour les organismes non ciblés.

Une parcelle est à la fois un lieu de production et un réservoir de proies, de pollen, d’abris hivernaux et de zones de reproduction. Si ce réservoir disparaît avec les bordures, un sol constamment nu ou des traitements qui touchent indistinctement ravageurs et auxiliaires, les espèces utiles disposent de moins de ressources pour recoloniser la culture.

Préserver des habitats proches permet de conserver ces populations entre deux périodes de culture et de soutenir leur action lorsque la pression des ravageurs augmente. Cette approche demande de regarder la parcelle dans son ensemble, plutôt que de se limiter aux organismes visibles sur les plantes.

Favoriser les auxiliaires avec la lutte biologique par conservation

La lutte biologique par conservation consiste à favoriser les auxiliaires déjà présents dans l’environnement, au lieu de compter uniquement sur l’introduction d’organismes élevés. Elle repose sur la gestion de l’agrobiodiversité à l’échelle de la parcelle et du paysage agricole. Les haies, les bocages, les ripisylves, les prairies fleuries et les corridors écologiques relient les habitats et facilitent les déplacements des espèces.

Créer des ressources toute l’année

Une bande fleurie est utile lorsque ses floraisons fournissent du nectar et du pollen à des périodes complémentaires. Les adultes de nombreux auxiliaires ont besoin de ces ressources avant ou pendant leur phase de reproduction. Les bandes enherbées, les talus et les haies offrent aussi des zones de repos, des proies alternatives et des abris contre les conditions défavorables.

La diversité végétale compte autant que la simple présence d’une fleur. Des floraisons étalées peuvent maintenir les ressources disponibles plus longtemps, tandis que des habitats variés répondent aux besoins de plusieurs groupes. L’organisation des bordures et des zones refuges doit donc être observée à l’échelle de l’exploitation et, lorsque cela est possible, du paysage agricole.

Adapter le sol et les traitements

La gestion du sol conditionne l’activité des organismes qui y vivent, notamment les carabes et les auxiliaires impliqués dans la fertilité. Maintenir une couverture végétale lorsque cela reste compatible avec la culture, limiter les perturbations inutiles et restituer de la matière organique favorisent un milieu plus fonctionnel.

Pour la protection des cultures, choisir des solutions plus sélectives et intervenir au moment le plus approprié réduit les effets négatifs sur les auxiliaires. La réduction des intrants chimiques se construit avec l’observation et le raisonnement des interventions, pas par la suppression systématique de tous les moyens de protection.

Mesurer les bénéfices sans idéaliser la régulation naturelle

Les auxiliaires de culture peuvent réduire la dépendance aux insecticides et aux molluscicides, soutenir la pollinisation, améliorer la santé des sols et renforcer la biodiversité agricole. Une meilleure régulation naturelle peut aussi contribuer à maîtriser certains coûts liés aux pesticides et à rendre l’exploitation plus résiliente face aux aléas climatiques.

Leur effet dépend du contexte : culture concernée, ravageur, météo, disponibilité des habitats, continuité paysagère et historique des pratiques. La lutte biologique n’est pas instantanée. Les populations ont besoin de temps pour s’installer et les interactions doivent se stabiliser. Dans un paysage très homogène, les auxiliaires disposent de moins de refuges et le contrôle biologique peut perdre en efficacité.

L’introduction d’auxiliaires élevés est une autre approche, appelée augmentation ou importation selon les cas. Elle ne doit pas être improvisée : une espèce introduite peut avoir des effets non ciblés ou devenir invasive. Une évaluation préalable des besoins, des conditions d’installation et des impacts possibles est nécessaire.

La stratégie la plus robuste consiste souvent à combiner observation, conservation des habitats et interventions raisonnées dans une démarche globale d’agroécologie. L’introduction d’auxiliaires peut compléter cette démarche, mais elle ne remplace ni le suivi des ravageurs ni la gestion des milieux favorables aux populations déjà présentes.